Le graphisme démocratique

Coordinateur artistique de la première Fête du graphisme, à Paris jusqu’au 18 février, Michel Bouvet aimerait que l’art visuel irrigue davantage le quotidien et s’ouvre, en France, à un public plus large.

Dans les rues de la capitale, sur les panneaux JCDecaux, 40 graphistes du monde entier montrent leurs affiches. Du maître français Tomi Ungerer à R2 du Portugal. Annoncée par le poster de Jean-Paul Goude, la première Fête du graphisme à Paris s’achèvera le 18 février. Son temps fort se déroulera du 30 janvier au 2 février, avec des expositions d’affiches, des projections de génériques, des escales numériques. Ce foisonnement soudain se répartit sur cinq lieux à Paris, dont les Docks, la Cité de la mode et du design (lire ci-contre). Produite par la société Artevia (agence de développement de projets culturels), soutenue par le ministère de la Culture, la Mairie de Paris et les rencontres d’Echirolles, cette «plateforme d’échanges» entend mettre en scène une discipline difficile à cerner, qui mérite d’être ouverte et décryptée par un public plus large.

Pas étonnant que Michel Bouvet, né en 1955, affichiste – il signe celle des Rencontres d’Arles -, enseignant à l’école supérieur d’arts graphiques Penninghen et animateur de la biennale d’Echirolles, en soit le coordinateur artistique, avec toute une équipe de graphistes. Rencontre avec ce créateur quasi militant, toujours chef de bande.

Pourquoi cette première fête du graphisme à Paris ?

C’est un pari fou, mais il y avait un vide sidéral à Paris. L’idée forte, c’est le graphisme démocratique, c’est-à-dire son ouverture à un public plus large. Les événements existants comme le festival de Chaumont, les rencontres d’Echirolles, du Havre ne concernent que la profession et les populations locales. A Paris, il y a une telle concentration d’étudiants, de professionnels. Ne peut-on pas les fédérer, et intéresser des disciplines qui y sont liées, comme la photographie, l’architecture, le design ? Au départ, c’était un peu improvisé, ce devait être une année 0. Mais il y a eu un tel enthousiasme dans le milieu, sur les réseaux sociaux que c’est devenu une année 1. J’espère qu’il y aura deux, trois éditions.

Quel est son contenu ?

Avec l’exposition «Paris invite le monde», on présente 104 graphistes, 45 pays et 4 continents. En remontant jusqu’aux années 60, avec l’affiche du premier concert de Jimi Hendrix. On balaie l’histoire du graphisme avec tous les styles, toutes les générations, sur toute la planète. On a créé un corpus cohérent, une collection, avec des fondus de typographies, ou des artistes plus picturaux. On a édité un vrai livre de la fête, qui restera. Paris est encore une référence mondiale, les créateurs invités ont tous accepté très rapidement d’envoyer leurs œuvres originales. J’espère que cette exposition va circuler, que l’idée de la fête peut s’exporter.

Mais elle est contestée…

On nous reproche de faire la fête quand tout va mal. Mais le mouvement dada est né pendant la guerre de 14 ! Le partenariat avec Decaux est aussi contesté. C’est pourtant formidable d’exposer dans les rues, partout, pour tous, ces affiches dans les Abribus. J’aimerais que le graphisme vive la période que la photo et le design ont connue dans les années 80, en devenant des vraies scènes, avec la Maison européenne de la photographie, les rencontres d’Arles.

A lire sur : http://next.liberation.fr/design/2014/01/23/l-idee-forte-c-est-le-graphisme-democratique_975076

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