Brokeback Mountain au Teatro Rea

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Création mondiale qui fait courir toute la presse internationale spécialisée, Brokeback Mountain, est une commande du Teatro Real au compositeur Charles Wuorinen (né en 1938). L’opéra hérite pourtant d’un projet antérieur, dans les temps brefs où Gerard Mortier convoitait la direction du New York City Opera, en 2007, avant de s’en démettre pour prendre en main les destinées de l’Opéra de Madrid.

Il s’agit donc d’une commande à replacer dans son contexte d’origine et devant s’inscrire dans le pays qui l’accueillait. D’où un compositeur et un sujet venus des Etats-Unis ; d’après le célèbre roman d’Annie Proulx, qui a donné lieu dix ans plus tard à une pellicule cinématographique tout aussi célèbre, sorte de western mais où les deux cow-boys et personnages principaux sont des gays. Une réplique du Puccini de La Fanciulla del West, revue par notre époque.   La musique dont Wuorinen sertit son opéra ne se signale toutefois guère par son originalité, dans un langage post-sériel et une constante déclamation vocale héritière de Wozzeck ou de Pelléas déjà entendus par ailleurs. Mais elle sait trouver, dans son atonalité, un ton théâtral qui évoque au mieux le propos, voguant de confidences, conflits, lamentations, paroxysmes ou introspections. Passé quelques rapides moments de flottements, la conviction dramatico-musicale finit ainsi par tout emporter.

Les moyens mis en œuvre pour la servir au Teatro Real y contribuent pour beaucoup. Le baryton Daniel Okulitch porte le héros principal, Ennis del Mar, tiraillé entre ses aspirations réelles et la triste réalité de sa fin esseulée, avec une présence irradiante, nourrie à un legato lisse : du belcanto atonal ! Le ténor Tom Randle, son compagnon à la scène Jack Twist, s’égare dans des faussetés initiales, qu’explique une tessiture tendue, pour ensuite mieux s’affirmer vocalement, en phase avec son destin tragique. Parmi les seconds rôles, Hannah Esther Minutillo et la toujours jeune Jane Henschel livrent une juste participation. L’orchestre maison et le chœur, réduit à quelques interventions finales, distillent une partition méticuleusement écrite avec tout le soin qu’il se doit, sous la direction attentive de Titus Engel.   Quant à la mise en scène d’Ivo van Hove, elle illustre une action claire, entre projections d’un Ouest de légende et fourre-tout domestique, apte à une intelligence immédiate de ce livret en anglais signé de la romancière elle-même. Bien visé !

Source : http://www.concertclassic.com/article/brokeback-mountain-au-teatro-real-fils-du-far-west-compte-rendu

 

 

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