Les coulisses de la nomination d’Eric Ruf à la Comédie Francaise

Eric Ruf, quarante-quatre ans et une longue carrière d’acteur fin et sensible, de scénographe et de metteur en scène à son actif au sein de la Comédie-Française vient d’être nommé à la tête de la prestigieuse maison aux 430 permanents (dont 62 comédiens). Il prendra ses fonctions le 4 août pour lancer une saison 14/15 conçue par l’administrateur précédent, Muriel Mayette.

Le président de la République François Hollande, à qui, sur proposition du ministère de la Culture, la décision appartient, a donc choisi aujourd’hui en Conseil des ministres l’un d’entre eux. Un grand sociétaire parmi les sociétaires, au talent reconnu, aux appuis précieux (sa candidature est soutenue par le très médiatique Denis Podalydès semblant pour l’instant se tenir en réserve de la République), a priori capable de fédérer une troupe presque propriétaire de son destin, qui se déchire de manière cyclique autant qu’elle s’aime avec passion. Aux dépens de l’autre candidat finaliste, Stéphane Braunschweig, né en 1964, actuel directeur du Théâtre National de La Colline et metteur en scène brillant, qui aurait pu apporter une distance souhaitable en période de tension, une énergie venue de l’extérieur, un vent nouveau. L’exogamie en somme…

Le renouvellement de l’administrateur de la Comédie-Française excite les appétits, passionne le milieu et intéresse le public comme l’une des mythologies françaises chères à Roland Barthes. Avec une sur-dimension politique, que le renouvellement d’autres institutions nationales tel l’Opéra de Paris par exemple, ne suscite peut-être même pas : comme si le face-à-face de Molière avec Louis XIV, sa relation de dépendance/indépendance avec le pouvoir central avait laissé des traces dans l’imaginaire de tous, orientant à jamais les comportements.
Mais d’habitude, tout se fait sous le sceau du secret et l’histoire ne s’accélère qu’à la fin, au moment où l’intéressé apprend par exemple, comme Marcel Bozonnet en 2006, qu’il n’est pas renouvelé au terme de son mandat alors que le ministère venait de lui confirmer la chose… Ce cafouillage de l’été 2006 ayant valu l’arrivée à ce poste de Muriel Mayette, candidate interne et première femme administratrice depuis la fondation du Français.

Cette fois, le grand public a découvert dès la mi-décembre 2013 que « la guerre de succession » – le mot peut sembler forcé, mais la rudesse n’est pas absente de toute cette histoire – était ouverte. Les 36 sociétaires avaient eux-mêmes ouvert les hostilités dès l’automne, en envoyant une lettre à Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, pour clamer la nécessité d’un changement à la tête de leur maison et se prévenir ainsi de tout renouvellement de Muriel Mayette pour un troisième mandat. Ambiance… Pourtant celle-ci laisse une maison aux finances très saines avec un taux de fréquentation (90%) qui ne s’est jamais aussi bien porté. Mais la troupe n’a plus le moral, ne se sent plus aiguillée artistiquement. Avec raison. Ils se mettent de plus en plus en scène eux-mêmes et les artistes invités à les faire travailler (les succès de Jérôme Deschamps et de Giorgio Barberio Corsetti avec Feydeau ou Labiche exceptés) sont un peu petits bras.


En savoir plus sur http://www.telerama.fr/scenes/les-coulisses-de-la-nomination-d-eric-ruf-a-la-comedie-francaise,115001.php

Leave a Reply