Une nouvelle alliance entre les diffuseurs et les producteurs

C’est la mobilisation générale, ou presque. Quatre des principales sociétés de production audiovisuelle françaises – Lagardère Entertainment, TelFrance, Elephant et Cie et Fédération Entertainment – ont décidé de s’allier au sein d’une association afin de peser plus lourd dans les débats sur l’avenir du secteur. Dans la ligne de mire de la nouvelle structure, baptisée A2I pour Association de l’industrie audiovisuelle indépendante, la remise à plat de nombreuses dispositions. «  Nous voulons un big bang audiovisuel. Il faut une nouvelle alliance entre les diffuseurs et les producteurs », préconise Pascal Breton, président de Fédération Entertainment.

Une nécessité pour eux, d’abord : maintenir le système de la production indépendante, imaginé il y a 30 ans. Dans le cadre de leurs obligations, les chaînes doivent en effet faire majoritairement appel à des producteurs avec lesquels elles n’ont pas de liens capitalistiques. «  Nous voulons créer des champions français autour du métier phare, qui est le contenu et non le canal », plaide Takis Candilis, de Lagardère. Pour l’A2I, c’est le seul moyen pour que la fiction à la française connaisse à l’international le même succès que l’animation ou le jeu vidéo.

Demande de suspension du décret production

Leur réflexion se fait à l’opposé de celle promue par le chercheur Olivier Bomsel, de l’Ecole des Mines. Début septembre, celui-ci avait en effet appelé à la création de groupes intégrés verticalement afin de permettre à la France de jouer encore un rôle dans le paysage mondial. Pour l’A2I, si les diffuseurs comme TF1 voulaient vraiment faire de la production intégrée, ils saisiraient toutes les opportunités que leur offre la réglementation actuelle, ce qui n’est pas le cas.

La question des mandats de distribution des séries a été le point de cristallisation. Les producteurs demandent la suspension du décret production, actuellement en cours d’examen par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et attendu dans les prochains jours. « Nous demandons que soit précisé que les mandats de distribution des œuvres doivent être confiés aux meilleurs vendeurs, qui jusqu’à maintenant ont été les producteurs, »lance Christophe Nobileau, PDG de TelFrance.

Les producteurs prêts à des concessions

Mais comme le souligne Emmanuel Chain, PDG de Elephant & Cie, « c’est toute la réglementation qui est à revoir ». Pour les producteurs de l’A2I, de nombreuses dispositions réglementaires sont en effet devenues obsolètes. A l’instar des chaînes privées, qui réclament également un grand toilettage réglementaire, sur lequel le gouvernement a entamé une réflexion, les producteurs ont leurs propositions.

D’abord, ils se disent prêts à faire des concessions sur les obligations de production des chaînes de télévision, et en particulier à simplifier les obligations de ces dernières. Ils reconnaissent aussi que le carcan de la définition des heures de grande écoute des œuvres est trop étroit pour les chaînes à l’heure de la télé à la demande. De même, ils souhaitent que certaines contraintes publicitaires, comme le contrôle strict du placement produit, soient assouplies pour laisser les chaînes respirer financièrement.

Parallèlement, en plus des mandats, les producteurs veulent pouvoir produire davantage d’œuvres en anglais. Ils exigent enfin que les acteurs du numérique soient mis sur un pied d’égalité réglementaire et fiscal. «  Il faut repenser les règles d’un marché qui n’est plus celui de 1985 », conclut Pascal Breton.

 

Source : http://live.lesechos.fr/41/0203941211341.php

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