Subventionner Miss France plutôt qu’un théâtre

Subventionner Miss France plutôt qu’un théâtre

L’année 2015 s’annonce morose pour la culture. En cause, la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales, qui les répercutent sur leurs territoires en supprimant des subventions. Du coup, une centaine de festivals disparaissent, et des théâtres, des conservatoires de musique et des orchestres prestigieux sont menacés. L’austérité budgétaire menace la richesse de la création culturelle.

D’un côté, il y a les pressions d’artistes et de certains élus locaux qui se multiplient pour limiter la casse. Mais de l’autre, il y a une très faible mobilisation citoyenne, médiatique et politique, notamment durant la campagne des élections départementales, qui n’aide pas à inverser la tendance.

Plusieurs artistes, rassemblés par Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), ont interpellé la ministre de la Culture et de la Communication dans une lettre ouverte : « Ce que nous voyons, c’est une baisse constante de toutes les aides accordées à la création et à la diffusion artistiques, ce que nous voyons, c’est que les méthodes d’évaluation de nos subventions sont décidément ordonnées par une idéologie du profit commercial. »

En effet, une centaine de festivals sont supprimés et les garanties financières des municipalités s’amenuisent sur tout le territoire. En octobre 2014, un document publié par l’Association des petites villes de France (APVF) laissait pressentir l’ampleur des dégâts : l’enquête révélait que la part des communes qui prévoyaient de toucher à la culture en 2015 était de … 95 %. En cause, la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales : 11 milliards d’euros en moins sur trois ans (2015 à 2017).

A droite, à quelques exceptions près, les élus locaux n’ont jamais vraiment fait de la création artistique une priorité politique. « Durant les dernières municipales à Cran Gevrier, le candidat d’opposition avait promis de supprimer le service culture de la ville s’il était élu », rapporte Fabien Géry. A Tourcoing (Nord), le maire Gérald Darmanin (UMP), qui avait qualifié Christiane Taubira de « tract ambulant pour le FN », a retiré sa subvention de 76 250 euros au Théâtre du Nord. Avant de déclarer qu’il était prêt à accueillir la cérémonie Miss France 2016, pour un coût de 400 000 euros… Le basculement de nombreuses villes à droite lors des dernières élections municipales a d’ailleurs contribué à accentuer les baisses de subventions.

Subventionner Miss France plutôt qu’un théâtre, ou mettre en vente un théâtre pour en faire un centre commercial, se sont des actions qui suivent un discours sur « l’élitisme » des artistes. A ces discours qui veulent opposer « culture élitiste » et « culture populaire », certains artistes apportent une réponse cinglante par leur parcours. C’est le cas de la comédienne Caroline Proust. En tenant le rôle principal de la série télévisée Engrenages sur Canal +, qui bat des records d’audience saison après saison, elle est très populaire. Or Caroline Proust est aussi une comédienne de théâtre, formée au conservatoire de Montpellier.

Plus d’informations : www.bastamag.net